Comprendre les différentes interventions en forêt : coupes et travaux

Lorsqu’on parle de gestion forestière, on entend rapidement beaucoup de termes différents : éclaircie, coupe, dégagement, dépressage, reboisement, enrichissement, élagage…

Pour un propriétaire forestier, il n’est pas toujours évident de savoir ce qui se cache derrière ces différents termes, pourquoi ces interventions sont réalisées et à quel moment elles sont nécessaires.

Pour simplifier, on peut déjà séparer les interventions en deux grandes catégories :

Les coupes, qui permettent de récolter et généralement de vendre du bois. Elles représentent donc une recette pour le propriétaire.

Les travaux sylvicoles, qui permettent d’installer, d’entretenir ou d’améliorer le peuplement. Ils représentent généralement une dépense, même si certaines aides peuvent permettre d’en financer une partie.

Les coupes : récolter du bois tout en gérant le peuplement

Couper des arbres ne signifie pas forcément supprimer une forêt.

Une coupe est avant tout un outil de gestion.

Selon l’âge du peuplement, son état, les essences présentes, les caractéristiques de la parcelle et les objectifs du propriétaire, on ne prélèvera ni les mêmes arbres ni la même quantité de bois.

Pour comprendre simplement leur fonctionnement, on peut distinguer deux grandes catégories : les éclaircies, où l’on conserve la majorité du peuplement, et les coupes de renouvellement, où l’objectif est d’en récolter une part importante.

L’éclaircie : récolter une partie des arbres pour améliorer le peuplement

Une éclaircie consiste à prélever une partie des arbres tout en conservant la majorité du capital forestier sur pied.

Les objectifs peuvent être très différents d’une forêt à l’autre. Le prélèvement dépend directement de l’itinéraire de gestion choisi : pourcentage prélevé, essences concernées, diamètres, qualité des bois, état sanitaire, densité du peuplement…

Il n’existe donc pas une éclaircie identique applicable partout.

De manière générale, lorsqu’une éclaircie a pour objectif d’améliorer le peuplement, on cherche à favoriser les arbres que l’on souhaite conserver sur le long terme.

On peut par exemple retirer certains arbres mal conformés, dominés, dépérissants ou présentant moins d’intérêt afin de laisser davantage de place aux arbres les mieux adaptés à la parcelle et présentant les meilleures caractéristiques.

Ces derniers disposent alors de davantage de lumière, d’eau et de ressources et peuvent continuer à grossir dans de meilleures conditions.

L’objectif est donc de récolter progressivement du bois tout en améliorant le peuplement restant.

Cette sélection prend également tout son sens lorsqu’on souhaite obtenir une régénération naturelle. Les arbres conservés jusqu’à maturité vont participer au renouvellement du peuplement. Favoriser des individus de qualité et bien adaptés aux conditions locales permet donc aussi de conserver une partie de ce patrimoine génétique pour la génération suivante.

Les coupes de renouvellement : récolter une grande partie du peuplement

À la différence d’une éclaircie, certaines coupes ont pour objectif de récolter la majorité du peuplement en place.

Les raisons peuvent être nombreuses : arrivée du peuplement à maturité, volonté d’obtenir une régénération naturelle, renouvellement par plantation, changement d’essence, problème sanitaire, dépérissement ou encore peuplement devenu inadapté aux conditions locales.

Selon la gestion choisie, cette récolte peut être réalisée en une seule intervention ou progressivement sur plusieurs années.

Et même lorsqu’une majorité des arbres doit être récoltée, cela ne signifie pas nécessairement que tout doit disparaître.

Il peut être intéressant de conserver certains arbres, des feuillus d’accompagnement, des arbres présentant un intérêt écologique, des bouquets ou simplement une partie de la végétation existante.

Le maintien de ces éléments permet notamment de protéger les sols, d’apporter de l’ombrage, de conserver une certaine ambiance forestière et de favoriser le renouvellement du futur peuplement.

Une coupe rase ne devrait donc pas systématiquement aboutir à une parcelle entièrement mise à nu, sans arbre ni végétation restante. La manière de récolter le peuplement doit aussi tenir compte de ce que l’on souhaite obtenir après la coupe.

Les travaux : investir dans le futur peuplement

Contrairement aux coupes, les travaux forestiers ne génèrent généralement pas directement de revenu.

Ils représentent plutôt un investissement dans l’avenir de la forêt.

On peut là encore les séparer en deux grandes catégories : les travaux permettant d’obtenir le futur peuplement et ceux permettant ensuite de l’entretenir et de l’accompagner.

Les travaux de régénération

Une fois qu’un peuplement est récolté, totalement ou partiellement, il faut assurer son renouvellement.

Celui-ci peut se faire naturellement ou nécessiter différentes interventions.

Le reboisement

Le reboisement consiste à reconstituer un peuplement forestier après la récolte ou la disparition du précédent, généralement par plantation.

Le choix des essences, leur provenance, la densité de plantation ou encore les protections utilisées doivent notamment être adaptés au terrain, aux conditions climatiques et aux objectifs du propriétaire.

L’enrichissement

L’enrichissement permet de compléter un peuplement ou une régénération déjà existante sans nécessairement repartir de zéro.

On peut par exemple planter ponctuellement une autre essence dans une régénération naturelle, compléter les zones où le renouvellement est insuffisant ou introduire davantage de diversité.

Cette méthode permet donc de travailler avec l’existant plutôt que de remplacer systématiquement l’ensemble du peuplement.

Les travaux en faveur de la régénération naturelle

Le renouvellement d’une forêt ne passe pas obligatoirement par une plantation.

Lorsque les essences présentes sont adaptées et que les conditions le permettent, il est possible de s’appuyer sur les arbres déjà présents pour obtenir naturellement la génération suivante.

Différentes interventions peuvent alors être réalisées pour favoriser l’installation des jeunes semis.

Un grattage ou une préparation légère du sol peut, par exemple, permettre de déplacer localement la végétation ou la litière afin de favoriser le contact des graines avec le sol.

La gestion de la végétation, de la lumière ou encore le maintien de certains arbres semenciers peuvent également participer à la réussite de cette régénération.

L’objectif est alors de profiter au maximum du renouvellement naturel déjà présent ou susceptible de s’installer, plutôt que de planter systématiquement.

Les travaux d’entretien : accompagner le peuplement

Une fois les jeunes arbres installés, naturellement ou par plantation, plusieurs interventions peuvent être nécessaires au cours de leurs premières années.

Le dégagement et le dépressage

Le dégagement consiste à limiter la végétation qui concurrence directement les jeunes arbres : ronces, fougères, herbacées, rejets ou autres ligneux.

L’objectif n’est pas forcément de supprimer toute la végétation présente, mais d’éviter qu’elle empêche les plants ou les jeunes semis de se développer correctement.

Lorsque les jeunes arbres sont au contraire très nombreux, notamment après une régénération naturelle, un dépressage peut être réalisé.

Il consiste à réduire la densité du jeune peuplement afin de donner davantage de place aux arbres que l’on souhaite conserver.

Les arbres retirés sont généralement encore trop petits pour présenter une véritable valeur commerciale. Il s’agit donc le plus souvent d’un travail représentant une dépense pour le propriétaire.

Ces interventions permettent progressivement d’orienter la composition, la densité et la qualité du futur peuplement.

L’élagage

L’élagage consiste à supprimer certaines branches sur les arbres sélectionnés.

Lorsqu’il est réalisé dans un objectif de production de bois de qualité, il permet notamment de limiter la présence de nœuds dans le bois qui sera produit par la suite.

Il est généralement réalisé sur un nombre limité d’arbres présentant un intérêt particulier, plutôt que systématiquement sur l’ensemble du peuplement.

Pour résumer : quelles sont les principales interventions en forêt ?

On peut finalement regrouper les principales opérations forestières assez simplement :

La coupe : une majorité du peuplement est récoltée. Elle intervient notamment pour récolter un peuplement arrivé à maturité, répondre à un problème sanitaire ou préparer son renouvellement.

L’éclaircie : seule une partie du peuplement est récoltée. La majorité des arbres reste en place et l’intervention permet notamment d’accompagner et d’améliorer progressivement le peuplement.

Le reboisement : un nouveau peuplement est installé par plantation après la récolte ou la disparition du précédent.

L’enrichissement : des arbres sont plantés pour compléter un peuplement ou une régénération déjà existante.

Les travaux en faveur de la régénération naturelle : différentes interventions permettent de favoriser l’apparition et le développement naturel de la génération suivante sans avoir systématiquement recours à une plantation.

Le dégagement et le dépressage : ils permettent d’accompagner les jeunes arbres en limitant leur concurrence ou en réduisant une densité devenue trop importante.

L’élagage : certaines branches sont retirées sur les arbres sélectionnés, notamment afin d'améliorer la qualité du bois qui sera produit.

De manière très générale, les coupes et les éclaircies permettent de récolter du bois et peuvent donc apporter une recette au propriétaire, tandis que les autres interventions sont principalement des travaux représentant un investissement dans le peuplement futur.

Une gestion qui s’adapte à chaque forêt

Toutes ces interventions ne sont pas indépendantes les unes des autres. Elles s’intègrent dans une gestion globale qui dépend du peuplement présent, des essences, du terrain et surtout des objectifs du propriétaire.

Pour comprendre le principe général, on peut représenter très simplement la vie d’un peuplement de cette manière :

Renouvellement → entretien → sélection → éclaircies → récolte → nouveau renouvellement

Ce schéma permet de comprendre la logique générale, mais il ne représente pas un parcours obligatoire.

Selon le mode de gestion choisi, ces différentes étapes peuvent se succéder, se chevaucher, être réalisées dans un ordre différent ou même avoir lieu simultanément sur une même parcelle.

C’est notamment le cas en gestion irrégulière, où l’on cherche à maintenir sur une même parcelle des arbres d’âges, de dimensions ou parfois d’essences différentes. Une même intervention peut alors permettre de récolter certains arbres arrivés à maturité, d’éclaircir au profit d’autres arbres et de favoriser en même temps la régénération naturelle.

Il n’y a donc pas forcément un moment où l’on « termine » un peuplement avant d’en recommencer un autre. Récolte, amélioration et renouvellement peuvent faire partie d’une même intervention.

À l’inverse, dans d’autres modes de gestion, les différentes étapes seront davantage séparées dans le temps, avec une phase de renouvellement plus clairement identifiable.

Il n’existe donc pas un itinéraire unique applicable à toutes les forêts. L’objectif est avant tout de choisir et d’adapter les interventions en fonction du peuplement existant et de la forêt que l’on souhaite obtenir à l’avenir.

Pour aller plus loin

Dans la littérature forestière et selon le traitement sylvicole utilisé, il existe beaucoup d’autres termes pour désigner plus précisément ces interventions : première éclaircie, deuxième éclaircie, coupe d’amélioration, coupe d’ensemencement, coupe secondaire, coupe définitive, coupe sanitaire, etc.

Ces termes permettent de définir beaucoup plus précisément le rôle et le moment de chaque intervention dans la vie du peuplement.

L’objectif de cet article n’est volontairement pas d’entrer dans toutes ces distinctions, mais plutôt de comprendre les grandes familles d’opérations réalisées en forêt, de savoir différencier une coupe d’un travail et de comprendre le principe et l’objectif qui se cachent derrière ces différentes interventions.

De prochains articles seront consacrés aux différents traitements sylvicoles et aux itinéraires de gestion des principales essences, afin de détailler plus précisément les opérations qui peuvent se succéder au cours de la vie d’un peuplement.

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